2/22/2009

Quelques élans d'existentialisme blogosphérien

Il y un certain temps déjà, ce blogue est apparu sur la carte cybernétique de la blogosphère québécoise. Sans véritable mandat d'origine sinon celui de donner un cadre et un lieu à divers élans chaotiques, une tendance nette s'est dernièrement opérée, du moins je crois, puisqu'on ne fait que lire le mot «anarchisme» (et ses dérivés) un peu partout. Ce sont là des plans pour qu'on confonde ma personne avec ces barbu-e-s dégénéré-e-s qui tentent de raviver une idéologie plus que centenaire.
Donc, que faire ? (pour citer ici un peu de Vladimir)
Je me suis décidé à clarifier les esprits (le mien en fait), peut-être en désirant assombrir celui d'éventuel-le-s lecteurs ou lectrices. Les pistes de compréhension ont, bien entendu, des caractère légèrement subversifs, mais sachez qu'ils ne sont là que pour ordonner, mettre en ordre et clarifier. Ils sont limités en nombre pour classifier aisément en quelques précises catégories, les élans écrits qui accompagnent cette présente crise existentielle.
Zone de libre-égarement anarchique. Définissons ce complexe intitulé. La zone, c'est le blogue. Le «libre-égarement» est là pour attirer les gens à s'égarer librement sur le blogue. Ici, rien n'est coupé ou censuré; c'est la liberté (dans l'esprit capitaliste de la chose) de parole totale (comme celle que revendiquait CHOI FM) pour tous et toutes. Sachez toutefois que m'envoyer chier est considéré un souhait positif, car j'apprécie la sollicitude que l'on a pour mes facultés défécatoires. Anarchique, enfin, c'est, suivant la merveilleuse définition des dictionnaires laroussiens, que ce blogue est éminemment chaotique. Voilà donc, ZLÉA complète !

2/12/2009

L'anarchisme concret, la vision d'un seul humain...

(Ce message est une réponse directe à plusieurs questions concernant la façon dont s'organiserait une société libertaire.)

La question de l'organisation d'une société libertaire est très pertinente. Tout d'abord, je crois qu'il faut prendre en compte le caractère éminemment anti-autoritaire de l'anarchisme. Ceci signifie que si je te donne ma vision d'une société anarchiste (certaines personnes voient en une telle expression une contradiction, j'y reviendrai), ce ne veut pas dire qu'une telle société s'organisera de cette façon là. Au contraire, tout l'intérêt pratique d'un tel courant de pensée est que justement, il n'y a pas une 'meilleure façon', ou un 'meilleur système'. Ce que l'idée anarchiste dit est : des gens vont se regrouper et discuter ensemble, sur une base décisionnelle horizontale, de comment ils et elles voudront bien s'organiser.

Dans cette optique, toute personne se réclamant de l'anarchisme et ayant une vision bien claire de l'organisation d'une telle société est incohérente. Je vais tout de même préciser les grandes lignes théoriques de l'anarchisme en fonction de tes interrogations, que je considère très légitimes.

La question internationale. Effectivement, l'anarchisme dans un contexte mondialisé pose quelques problèmes. Comment organise-t'on une société libertaire alors que l'on doit délimiter l'espace, prendre en compte les États extérieurs qui, bien souvent, profiteront d'une telle absence de structure pour s'imposer (l'exemple des communes anarchistes de la Guerre civile espagnole est criant) ? Noam Chomsky, dans De l'Espoir en l'avenir défend l'idée d'une organisation fédérative comme l'avancent les anarcho-syndicalistes. Ainsi, le territoire libre serait organisé de telle sorte à pouvoir discuter avec l'extérieur, tout en gardant à l'esprit que les décisions viennent de la base, et que l'organisation fédérative est nullement décisionnelle ou une contrainte pour ce qui se passe au local. Dans cette optique, les seules décisions à être amenées au niveau de la fédération seraient celles qui traiteraient des questions extérieures (relations avec les États, etc.).

Ce point m'amène à ta troisième question (je reviendrai à l'organisation économique) concernant la prise de décisions. L'opposition à l'État et à toute forme de domination et contrôle force une prise de décision qui relève de la démocratie directe. Cependant, mon idée de l'anarchisme est qu'en plus de la prise de décision horizontale, il n'y ait pas de tyrannie de la majorité. En effet, Si 51 personnes sur 100 adoptent une motion particulière, l'idée logique que nos démocraties occidentales transmettent est que tous les gens doivent se conformer à la motion. Or, une telle situation est une forme de domination, ou plutôt d'hégémonie, qui exerce un contrôle sur la vie des gens. Je crois donc que l'élément dissident de l'anarchisme permet de mettre en pratique une situation où les gens s'associent librement, de façon ponctuelle, pour obtenir satisfaction aux besoins qu'ils et elles éprouvent (cette idée est du penseur Max Stirner). C'est d'ailleurs un point de vue très «contrat social» de la société : les humains se sont regroupé-e-s afin de combler différents besoins plus facilement (se nourrir, sécurité, reproduction, etc.). La ressemblance avec les Rousseau, Locke et cie s'arrête là !
Pour résumer, l'organisation digne de l'absence complète d'autorité est celle où les gens ont (1) la possibilité d'aller et venir d'une association à leur guise, (2) même dans le cas d'une fédération, les décisions doivent venir de la base, et cette même fédération n'a de but que de coordonner les décisions concernant l'extérieur, (3) la démocratie directe comme seul mode décisionnel, sur une base non contraignante.

L'organisation économique est intimement liée à cet esprit. Mon impression d'une communauté libertaire, ou d'une association libre, est que les gens y adhèrent pour partager un certain nombre de tâches. C'est l'idée qu'une seule personne peine à cultiver son champ, mais qu'une dizaine parvient à créer un surplus. D'un certain sens, l'idée de spécialisation des rôles sociaux s'y rattache. L'objectif d'un regroupement est de permettre une diminution substantielle des tâches essentielles (se nourrir, par exemple). C'est ce qui permettrait à tout le monde de bénéficier d'une plage horaire étendue pour des activités diverses ne relevant pas de leur besoin immédiat de survie. Personne ne «vivrait sur le dos des autres» car les tâches seraient partagées. Nos sociétés capitalistes, et l'évolution occidentale qui les a précédées ont supprimé le rôle indéniable que joue l'interdépendance des activités humaines dans l'édification de la société. Le spéculateur boursier non content de payer ses impôts peut aller se faire foutre quand il vote pour le PLQ, car il oublie assez vite que son rôle social est minable en comparaison au statut et avantages dont il jouit, tous des privilèges obtenus grâce au travail d'autres gens qu'il méprise (consciemment ou non) en détournant son salaire par des paradis fiscaux.
Jadis, le Mouton Marron, dans une conversation de vive voix, a énoncé une idée très pertinente qui pourrait être rattachée à une quelconque conceptualisation économique de l'anarchisme. L'organisation libre se doit d'admettre que des gens n'y participent pas. Comme il n'y a pas d'État, toute personne non désireuse de s'associer a droit a son lopin de terre, a droit aux mêmes bénéfices qu'accordent la société libertaire; si on se fit au courant anarchiste, ce qui est revendiqué a des volontés humanistes très claires. Les droits d'une telle société ne seraient donc pas accordés par un quelconque papier ou une quelconque autorité, mais plutôt rattachés à l'essence même de l'humain (ou même de l'être vivant). C'est en ce sens que je parle souvent de la Charte des Droits et libertés, qui outre le fait qu'elle cache toute l'hypocrisie des démocraties, elle donne une piste très concrète de comment considérer l'humain : pour ce qu'il est, ses différences et ses choix.
Le lien avec l'organisation économique ? C'est une telle conceptualisation est la seule que l'on puisse accepter de répartir globalement à toute l'humanité, et que par conséquent, les ressources tirées d'une association d'humains libres sont au bénéfice de tous et de toutes. De plus, toute appropriation de terre devant nécessairement être abolie, on ne pourrait avoir une société anarchiste qui collectivise un territoire pour l'usage seul de ses participants et participantes; toute personne se doit de pouvoir utiliser une parcelle de terre nécessaire à sa survie, même si elle ne voudrait pas participer à l'association.
Bref, l'organisation économique devrait, selon moi (et pas selon l'anarchisme !!!!!) différencier d'un côté la distribution et de l'autre la production. Marx employait à ce titre une phrase désormais célèbre : «De chacun selon ses capacités; à chacun selon ses besoins». Là-dessus, j'approuve l'idée marxiste.

Dernier élément de question : la justice et l'ordre. Bien que Chomsky, dans le même livre cité plus haut, mentionne qu'une armée pourrait être nécessaire à un éventuel territoire libre afin de se défendre contre l'impérialisme des autres États, je dois avouer ici mon penchant pacifiste et m'opposer à toute forme d'armée. Néanmoins, j'admets qu'il faudra très probablement défendre tout territoire libre de l'impérialisme. Les frontières d'une société anarchistes ne seraient que celles des États voisins, et ces mêmes frontières auraient la tendance à se rapprocher les unes des autres. C'est pourquoi il faudrait s'assurer de pouvoir garantir la liberté d'utilisation de ces terres, peut-être, comme le mentionnait Chomsky, par une armée. J'attire votre attention ici sur un élément qu'amènent les libertariens et les anarcho-capitalistes. Ces gens ont tendance à croire qu'il est possible de prendre possession d'une terre et que par conséquent, tout territoire libre peut être la cible de tentative d'appropriation. À mon avis, cette seule idée mérite que de tels gens soient attendu-e-s par une armée de clowns en furie qui leur ferait penser à deux fois avant d'exercer leur impérialisme sous couvert de la liberté !
La police, une injustice en soi. Je ne crois pas qu'un quelconque regroupement anarchiste peut se permettre d'avoir des forces de l'ordre et être cohérent avec lui-même. Le «paradoxe anarchiste» le démontre assez bien : c'est une imposition à être libre, et être libre, c'est «faire ce que l'on est». Les seules contraintes possibles sont celles que l'on s'impose et celles que l'on accepte. Et encore là, je serai de ceux et celles qui iront voir de telles personnes et les bousculeront un peu pour éveiller l'humain désir de s'exprimer en tant que personne.
Ainsi chose dite, il m'apparaît impossible qu'une force policière puisse régimenter la vie de quiconque. Je suis des gens qui croient que l'écrasante majorité de ce que l'on considère généralement comme des crimes sont dû aux aléas du système capitaliste : la possession devient une quête pour laquelle tous les moyens sont bons; et quand l'on est pauvre, il nous reste toujours une alternative au chemin légal et balisé : le crime et l'illégalité. Comme le chemin de l'illégal est peu fréquenté, l'ascension d'un tel parcours peut paraître plus rapide et plus facile. On y cultive le sentiment très humain de défi et de prouesses; les gagnants et gagnantes d'un tel système s'en trouvent avantagé-e-s au même titre que le tout autant criminel spéculateur financier. En supprimant la possession et les hiérarchies, le crime s'estomperait en grande partie. Effectuez l'exercice suivant : prenez une situation ou activité criminelle; analysez bien les forces en jeu, le contexte et le gain; ramenez la nature du crime à sa plus simple expression. Mon résultat est que presque tous les crimes sont rattachés à l'appropriation de quelque chose ou de quelqu'un.
Enfin, que sont les policiers sinon des êtres humains que l'on considère au-dessus de la loi, à qui l'on donne le droit et les moyens de tuer, que l'on endoctrine pour servir le pouvoir établi (après tout, ils ne font que leur travail...) et que l'on gratifie d'une toute suprême aura d'autorité et de Vérité.

Réflexions sur l'anarchisme III

Après avoir tergiversé pendant des heures sur le mouvement et l'idée anarchistes, j'ai dû m'avouer vaincu devant un exposé beaucoup plus clair et limpide que le mien. Sur le blogue d'Anne Archet, on y retrouve une définition simple, qui définit assez bien mes vues de l'anarchisme. Plutôt que de reprendre dans mes mots un texte auquel j'adhère, j'incite les potentiel-le-s lecteurs et lectrices de mes incompréhensibles inepties à visiter ce lien.
Bonne lecture.

2/09/2009

Réflexions sur l'anarchisme II

Une première tentative d'organisation de mes idées vis-à-vis de l'anarchisme s'est avérée plus dommageable que je ne le pensais. Ceci, bien entendu, ne tenant pas compte de l'ennui le plus total généré par mes propos. Je crois qu'une seconde réflexion s'impose, ne serait-ce que pour clarifier ma définition, et en finir une bonne fois pour toutes avec le mélange de mes idées et de celles de l'anarchisme.
J'ai mentionné précédemment que je concevais l'anarchisme comme étant le fruit de deux forces antagonistes mais interdépendantes : le nihilisme et l'idéalisme. Bien que cela résume bien l'objectif de ce blogue, je ne donne aucunement de repères quant aux sous-entendus plus empiriques, restés couchés sous mon crâne.
Si l'anarchisme est une critique et un questionnement constants, c'est qu'elle (vous aurez peut-être remarqué mon entêtement mettre l'anarchisme au féminin. Je ne sais pas pourquoi...) m'apparaît contraire à l'ordre actuellement accepté, ordre généré par des systèmes et des structures qui asservissent l'humain ou l'humaine davantage qu'ils ne le ou la facilitent. Autrement dit, l'anarchisme revendique une gestion non autoritaire - absente de toute forme de pouvoir et de hiérarchie - des aspects sociaux de la vie humaine.
Ces aspects sociaux, ce sont les échanges (l'économie), les décisions (la politique), la création (l'art) et probablement d'autres qui ne me viennent pas à l'esprit pour l'instant. Le nihilisme de l'anarchisme attaque donc toute structure qui viendrait ici nier aux deux principes fondamentaux liés à son anti-autoritarisme : la liberté et l'égalité.
J'en suis rendu au second aspect de l'anarchisme : son idéalisme. Toujours en prenant en compte la conjoncture actuelle, l'anarchisme est le rêve et le souhait, l'objectif et l'idée, portant le regard de l'humain vers ces principes fondamentaux. Alors que le premier aspect tend à défaire l'état actuel, ce second désire construire une nouvelle organisation sociale. D'où la fameuse citation : «l'anarchie, c'est l'ordre». À la différence d'un quelconque système d'organisation, l'anarchisme maintient plutôt que les gens peuvent et devraient s'organiser librement et aient toujours leur mot à dire sur la façon dont l'on s'organise en groupe.

Je vais maintenant aborder les principes fondamentaux qui, curieusement, sont les mêmes qui valent pour l'anarchisme et qui sont revendiqués par les chartes des démocraties. J'ai l'impression que la croyance générale est que liberté et égalité ne peuvent coexister; qu'ils sont deux valeurs d'une même droite (comme les concepts de gauche et de droite) et que, par conséquent, aller vers l'un signifie s'éloigner de l'autre. Cette impression va de pair avec l'idée que le centre est habituellement le meilleur choix politique. Je suis plutôt d'avis que leur seule application véritable est, au contraire, en les appliquant simultanément, à des situations différentes. En effet, je soutiens que plus on s'efforce de faire valoir l'un des principes, plus la présence du second est nécessaire pour que les deux soient valables.
On conçoit à tort qu'égalité est synonyme de conformité et d'uniformité. À titre d'exemple, l'Union soviétique s'est organisée de sorte à donner un même statut à tous ses citoyens et toutes ses citoyennes. L'accès aux différents biens était généralisé. Toutefois, afin d'opérer cette 'égalité', il était nécessaire que s'installe un système bureaucratique chargé de légiférer sur la distribution des ressources, en centralisant leur production. Ainsi, la mise en oeuvre de ce système prétendument égalitaire passait par une inégalité profonde : les gens de l'administration devaient bénéficier d'avantages sur le reste de la population, non seulement d'un point de vue politique, mais également, par truchement, sur divers bénéfices matériels dont ils bénéficiaient. En conclusion, l'égalité n'était pas complète.
Un autre exemple illustrera l'équivalent pour le principe de liberté. Dans les sociétés capitalistes, on met l'emphase sur les libertés individuelles. Toutefois, à trop tenter de les mettre de l'avant, notamment par le mécanisme du libre-marché, on créé différentes inégalités. Celles-ci ont pour conséquence d'amener une diminution des libertés de certaines personnes, au bénéfice de d'autres. Tout miser sur la liberté, c'est inmanquablement la restreindre à un nombre limité de gens. En conséquence, et je tenterai de le montrer par l'explication qui suit, on ne peut concevoir l'un de ces principes que simultanément à l'autre.

Chacun de ces principes s'applique à des niveaux différents. L'égalité, pour éviter la conformité et conséquemment brimer la liberté, ne peut s'appliquer qu'à ce qui est partagé unanimement. Or, ce que l'humanité partage, c'est la condition humaine. L'égalité, c'est donc l'universalité d'application de cette condition. Les divers éléments qui définissent l'être humain sont ce qui s'appliquent également.
Mais quelle est cette condition ? C'est d'être libre, de pouvoir vivre, se nourrir, se protéger, parler, s'organiser, etc. C'est l'ensemble des droits et libertés déjà reconnus par la théorie sur laquelle se sont fondées les démocraties occidentales. En quoi l'anarchisme est différent d'une démocratie représentative ? L'absence de structure fixe non légitime. Ce que les unes fondent, les autres ne sont pas forcées de suivre. La légitimité s'obtient par l'accord participatif et libre et non en fonction de papiers précédemment déclarés. Je considère qu'à ce propos, chaque être humain doit être considéré pour ce qu'il est et non par la volonté de son entourage.
La différence principale entre les démocraties occidentales et l'anarchisme, c'est l'incapacité de l'un à changer de façon profonde ses propres structures, et pour l'autre, l'absence totale de structures prédéfinies. Dans le premier cas, le consentement est décidé par le lieu et les conditions de naissance; il est obligatoire. Dans le second, ce même consentement n'est que prêté, car il peut être retiré à tout moment.

La longueur de cet essai remet à plus tard la poursuite de cette explication. Je crois avoir bien cerné la jonction des principes fondamentaux, tout en ayant repris les aspects premiers. Si je ne suis pas le seul à avoir pris connaissance de ces lignes, j'apprécierais des commentaires, des suggestions ou des critiques. Prochainement, je poursuivrai sur les droits liés à la condition humaine et sur les différences entre la théorie démocratique et l'application anarchiste.

2/05/2009

Sur le travail

Une discussion sur le blogue Singularité textuelle concernant le travail a suscité beaucoup d'interventions de ma part. Dans l'optique de remâcher l'ensemble des idées que j'y ai énoncé, je crois pertinent d'en faire un texte/réaction unifié et clarifié. Le voici. Pour ceux et celles qui souhaiteraient comprendre le fond du débat, cliquez ici.

Je commencerai par le commencement logique : ma définition du travail. La vision que j'en ai est celle d'une activité plus ou moins restrictive, plus ou moins plaisante, plus ou moins payante et plus ou moins chiante. Le tout dépend de la personne qui travaille, de l'emploi en question et du contexte qui soutien cette merveilleuse relation. J'adhère à l'idée qu'une telle forme de travail est aliénante, car régie par des hiérarchies sociales et une compétition féroce. Cette compétition entre les humains ne m'apparaît pas comme quelque chose de souhaitable ou même de viable, et c'est pourquoi je suis également d'avis que «le travail, oui, s'il n'est pas lié à la survie [individuelle]». Je résume en une phrase : le travail créé une compétition entre les humains, ce qui fait en sorte que la survie de certains et certaines dépend de leur aptitude à marcher sur leurs frères et soeurs.

Ici on m'accosterait avec de belles comparaisons animales et des darwinismes de survie du plus adapté. De 1, je considère que l'humain a tous les droits d'être différent des autres espèces animales, et donc ainsi agir suivant d'autres critères que le fameux «les loups se mangent entre eux» (on est pas des loups tabarnak !, bien que certains humains soient très poilus). De 2, mon interprétation de la «théorie» (attn : théorie n'est pas synonyme de vérité !) de Charles Darwin est qu'entre différentes espèces, il se créé habituellement une épuration en fonction de la capacité d'adaptation à l'environnement. Or, un fin observateur des animaux, Pierre Kropotkine (le fameux «prince» anarchiste), a également mentionné l'intérêt de l'entraide, en guise de facteur d'évolution tout aussi important (sinon plus) que la compétition.

L'effort récompensé, d'accord; récompenser l'effort : non ! La nuance ici vise le fait que si une activité spécifique est majoritairement bien considérée, c'est davantage dû à un amalgame complexe de contexte, d'histoire et de nécessité, plutôt qu'à une vérité universelle. Bien que je cois en l'importance des médecins (comment on féminise ce mot ?), certaines personnes seraient en droit de s'opposer à un quelconque traitement médical qui briserait le cours normal de la vie (dans laquelle la douleur et la mort font partie). Sans trop m'étendre là-dessus, j'énonce ici le principe utilitariste que l'on ne peut véritablement faire d'échelle entre les préférences des gens. Toutefois, contrairement à messieurs Bentham et Mill, je crois qu'au lieu de créer une domination de la majorité (ce que nous vivons actuellement et qui se traduit par le terme de consensus), on devrait plutôt assurer que chacun et chacune puisse agir selon sa personne.
Récompenser l'effort revient à mon avis à créer une entité supérieure à l'humain (d'ordre structurel ou abstrait) qui définirait dans quelle mesure récompenser l'effort (qui n'est pas une donnée objective).
Il reste tout de même la possibilité, pour chacun et chacune, de récompenser les gens qui, selon eux ou elles, le mérite. Mais en aucun cas le mérite ne peut devenir une donnée objective et arithmétique : il s'agit du fruit d'une perception.

Nous en arrivons à la part des artistes et autres créateurs et créatrices. En ayant en tête la prémisse que ce qui est utile est ce qui comble le mieux les besoins fondamentaux, l'art est beaucoup moins utile que l'agriculture ou la médecine. Mieux encore : en reprenant l'argumentation du paragraphe précédent, j'avancerais que notre société défavorise à un certain point l'art et la création, des éléments bien plaisants certes, mais soit inlassablement poussés par une machine qui ne désire que vendre ou obtenue par le concours de maints sacrifices. Pour faire ce qu'il ou elle souhaite, l'artiste doit savoir vendre son produit; il doit lui trouver une utilité (qu'elle soit d'ordre physique, spirituelle ou intellectuelle) ou accepter de vivre au-dessous du seuil de simplicité volontaire. Bien que j'admette que ce ne soit pas le cas de tous et de toutes (car pour qu'il y ait des préférences majoritaires il doit y en avoir certains ou certaines au-dessus de la moyenne ramenant à leurs oeuvres ces préférences), l'importance de plaire est incontournable pour quiconque désire s'adonner à un art.
J'y vois ici un problème rattaché au concept d'utilité. Pour être, les choses et les gens doivent avoir un quotient d'utilité acceptable. C'est d'ailleurs une des critiques que j'adresse au travail tel qu'il est vécu : on s'aliène à une hiérarchie ou on participe à une compétition dans l'objectif de prouver, d'améliorer et de faire valoir son utilité personnelle.

Je ne peux prévoir si, véritablement, il y aura un plein emploi ou une certaine quantité de gens qui ne travailleront pas. C'est une possibilité qu'il ne faut pas exclure. Mais au-delà de leur 'paresse', ce sont des êtres humains; les gens qui travaillent auront tout à gagner à partager avec ceux et celles qui ne travaillent pas.
Je crois tout de même que dans une situation où l'ensemble des nécessités (a.k.a le véritable travail) est partagé également, les gens seront plus motivé-e-s à travailler. Plutôt que de croire en l'éventuelle abondance prescrite par la doctrine communiste, je revendique plutôt l'observable satisfaction des gens lorsqu'ils et elles sont (et se sentent) impliqué-e-s dans ce qu'ils et elles font.
En ce sens, les coopératives de travail démontrent qu'il est possible d'oeuvrer sans hiérarchie, dans une structure horizontale, et d'avoir un niveau de production suffisant pour assurer le bien-être de tous les travailleurs et travailleuses de cette coopérative.
Ma vision acceptable du travail est celle où ce qui doit être fait (liste déterminée démocratiquement par les gens concernés qui comprendrait logiquement : production de nourriture, entretien sanitaire et éducation) doit être partagé entre les gens dans l'optique où la société est le fruit d'une participation collective (là-dessus je mentionne brièvement que notre société ne respecte pas cette prérogative). La résultante est un minimum de temps imparti par chacun et chacune, en fonction des intérêts, à l'accomplissement du nécessaire social. Le temps restant est l'espace où l'on créé, l'on paresse et l'on joue à Civilization IV.

Ceci dit, critiquer le travail en idéalisant sur une société où certains et certaines n'auraient pas à travailler (d'autre le faisant pour eux ou elles) n'est que faire l'apologie de l'état actuel des choses. Ce n'est que reluquer la place du puissant et non mettre à terre la hiérarchie qui permet à ce dernier de s'élever au-dessus des autres. La responsabilité collective de l'entraide doit nécessairement être corollaire à la responsabilité individuelle. C'est là que l'on peut véritablement parler de vie en société.


2/02/2009

Réflexions sur l'anarchisme I

Certains et certaines auront remarqué mon manque flagrant de rigueur à l’écriture. D’aucuns diront qu’il s’agit là d’une bonne chose, permettant aux esprits d’éventuel-le-s lecteurs et lectrices à ne pas tomber dans un schème sémantique dérangé et insipide. Dans ma volonté d’emmerder davantage, je me laisse aller à une brève description de ma conception très intérieure de l’anarchisme. Je le dis d’avance, en guise de préambule court et percutant : je ne crois pas être en mesure d’adopter une telle étiquette. Je partage néanmoins les visées et les élans qu’un tel courant idéologique met de l’avant.
Ma conception de l’anarchisme le divise en deux parties interdépendantes pourtant opposées : l’idéalisme et le nihilisme. Je commencerai par définir ces deux termes, car on pourrait concevoir autre chose en les lisant. Mon idéalisme, c’est la création, l’amour et l’évolution. Je considère idéaliser lorsque j’imagine une situation qui n’est pas. Les idéaux sont l’art, et vice-versa. Quand on conçoit quelque chose, on passe par une première étape où l’on idéalise ce que l’on créera. Or, l’énergie nécessaire à une telle création est nécessairement motivée par un lien d’affection; et cette affection, c’est l’amour (au sens le plus général). La conception traditionnelle de ce terme ajoutée de ce que l’on entend par amitié et par entraide forment assez bien ma vision de ce qu’est l’amour. Il s’agit du ciment vivant, du lien par lequel on transmet et on apprend. L’idéalisme est aussi évolution, car on idéalise un état futur que l’on n’a pas encore atteint. L’idéalisme est une étape plus ou moins lointaine de la nôtre, peu important la direction dans laquelle elle est, à laquelle on aspire se rendre. Ces trois éléments mis à égale contribution donnent une vision tournée vers l’avenir, empreinte d’espoir pour la vie en général (plus spécifiquement pour l’humain), à partir de laquelle on construit un présent que l’on considère meilleur.
L’aspect nihiliste n’a de nihilisme que ce que j’en connais de cette volonté à détruire. Pour ma part, j’entends par nihilisme la nécessaire décomposition nécessaire au cycle. C’est une entropie irréversible où tout abouti. Tout est né par le feu, et tout y retourne. En ce sens, la moralité même de chaque acte mérite d’être questionnée, afin de l’épurer de ce qui sonne faux. Toutefois, nihilisme n’est pas synonyme de destruction volontaire et systématique. Il s’agit bien au contraire de savoir respecter le cycle naturel qui y souscrit déjà : ce n’est pas une justification pour tuer, mais au contraire pour accepter la mort lorsqu’elle se présente d’elle-même. C’est également à partir d’un tel concept métaphysique que l’on tire l’aspect critique de la pensée humaine; c’est du nihilisme qu’émane toute volonté de changement, après la prise en compte que l’état actuel peut être amélioré.
Ces deux éléments mieux cernés, je crois être en mesure d’avancer ce que je considère comme étant anarchiste. Il s’agit d’un mélange de ces deux tendances qui se combattent l’une et l’autre, dans un effort d’amélioration, personnelle comme sociale. L’anarchisme est ancré dans l’idée d’un meilleur futur tout en étant fermement active au présent, dont il dénonce les éléments qui ne souscrivent pas aux concepts d’égalité et de liberté. Concernant ces concepts, j’y reviendrai prochainement. Je me contenterai d’avancer que la part idéaliste de l’anarchisme met en premier plan du devenir humain (voire de la vie en général) la pleine atteinte de ces concepts; la part nihiliste s’efforçant d’attaquer tout ce qui empêche l’avancement réel de la liberté et de l’égalité.
Je considère ce bref essai comme étant une introduction, puisqu’au moins quatre avenues devront être abordées : la liberté, l’égalité, l’aspect idéaliste et l’aspect critique. J’ai néanmoins tenté de montrer sur quelles bases gravitent mes réflexions et ma vision de l’anarchisme.