8/05/2009

Manifeste de la cynophilie

Chiens nous sommes et par essence nous aboyons, dérangeons et mordons ! Meilleur ami de l’homme, car il sait quoi faire pour que s’ouvrent les yeux devant l’habituel, le chien est l’emblème de cette maison que l’on nomme cynique. Notre action n’est pas abrutie, elle montre votre propre abrutissement alors que vous nous câlinez, prenez une voix d’incontinents jeunes impubères et tentez de nous faire avaler vos ordres. Lisez ce qui suit, c’est un ordre.


Si je me revendique du chien, c’est que, de premier abord, j’accepte le constat du dressage. Si j’aboie, c’est pour mieux vous faire remarquer que de partout sortent les laisses, les ordres et les enfantillages qui nous abrutissent, nous couchent et nous font attendre la mort sans bouger. Je chie sur vos fleurs pour vous rappeler que sans ma merde, elles ne pousseraient pas si bien, si belles. Je vomis sur le sol que vous lavez pour oublier qu’il cache des défunts, dont l’odeur de ma régurgitation rappelle leur putréfaction. J’ose déterrer les os du passé, vous les montrer, bien fier d’avoir la langue pendue devant votre ébahissement, votre colère et vos rétributions violentes suscitées par votre refus du réel.


Vous, humains et humaines, oubliez non seulement vos primates et primaires origines dans vos errements créationnistes, vous faites du libre arbitre votre leitmotiv comme tout prisonnier se rappelle sans cesse, par traits sur le mur, le temps qu’il reste à sa peine. Et quand les plus ruséEs d’entre vous comprennent cette réalité et tentent de couper la laisse, vous les pointer du doigt jusqu’à ce que se pointe la police qui traite tout le monde comme l’un des miens. C’est sans gêne que j’ose me revendiquer d’une plus grande empathie pour ceux et celles d’entres vous qui subissent mon sort d’enchaîné. Moi, mon libre arbitre je l’ai troqué contre cette mission de vous montrer ces infamies de votre espèce qui grimpent sur divers véhiculent qui aboient et illuminent tout sauf leur crime personnel de se placer au-dessus des leurs. Vos policiers définissent la loi et l’ordre au bon vouloir d’autres gens qui enchaînent davantage ceux-ci, montent sur leur dos avec un bâton au bout duquel pend une carotte succulente en apparence, mais pourrie en son for intérieur. Pendant ce temps, moi et les miens aboyons de plaisir face à ces burlesques tentatives de justice.


Meilleur ami de l’homme ai-je dis, c’est pour mieux vous rappeler que vos fausses galanteries maintiennent la femme dans le carcan de l’oubli et de la faiblesse, alors que c’est elle, dit la Bible, qui a osé savoir, désiré aller de l’avant et s’ouvrir les yeux. Vous hommes, «immenses ingrats et mal élevés», votre misogynie pue le meurtre le plus sadique de l’histoire : vous oubliez la moitié de vos gènes en pensant que seulement 50% ne vaut pas la peine d’être mentionné. Si je n’étais pas un chien, je prendrais la hache et vous couperais en deux.


Je me fais votre ami pour mieux vous guider vers les embûches que vous vous êtes préparéEs. Jamais je ne vous laisserai dormir tant qu’il y a une vie à vivre et des gens pour la partager. À l’image de l’éducation que vous souhaitez, je lècherai bêtement votre main tendue, afin de l’amollir et de mieux la mordre. Vous enseignez que la vie, c’est la maison, les voitures, les gamins et le chien ! C’est tant mieux ! Car tant que je serai là, je ne vous laisserai pas vous entretuer en paix, en vous gâtant de mon affection, en vous facilitant de ma fidélité, et en vous attendrissant de mes bêtises constantes.


J’ai l’esprit de groupe pour mieux jouer et mieux apprécier la vie tandis que vous regroupez les vôtres dans un intérêt d’asservissement. Je fornique, défèque et m’endors en public parce que partout est chez moi, et que personne n’appartient à nulle part. Vous nous qualifiez d’errants alors que nous sommes sans collier, faites de même avec les vôtres qui partagent notre nomadisme mais pourtant, vous rêvez de liberté, de voyage et de loisirs assis et assises dans vos tours qui ne sont là que pour inciter à rejoindre le trottoir depuis le quarante-deuxième étage. Vous appelez civilisation ce qui est un suicide collectif à long terme, tandis que nous, bienheureux, acceptons vos coups et blessures qui nous font apprécier davantage le pain rassis que nous trouverons dans vos déchets.


Vous êtes allergiques et ne pouvez supporter mes fluides immondes ? C’est que vous êtes sur la bonne voie. Tant que vos yeux pleurent et que votre nez s’évide, vous serez inconfortables et souhaiterez un changement. Vous chercherez la cause et verrez en ma docile imbécillité le pire de vos ennemis. Peut-être ferez-vous le saut logique en comprenant que la vôtre vous sera encore plus dommageable...


Ces insanités que vous lisez, c’est un manifeste canin pour une histoire sans repos : un rappel constant des ombres du passé que vous tentez de cacher ou d’oublier. Tant qu’il y aura des cons, je serai un chien, aboierai, dérangerai et mordrai pour votre plus saint déplaisir. Je me nourrirai de vos tressaillement car mes hurlements ne sont qu’un rappel que votre conscience est dérangée par autre chose de bien pire qu’un infâme canin qui vous force à ouvrir les yeux. Un jour, peut-être, en me jetant par-dessus bord de votre navire échoué que vous appelez société vous verrez les noires eaux polluées, les corps d’enfants venus d’Orient pour y périr, le pâle reflet de votre incapacité à aimer qui que ce soit, le crépuscule technologique vers lequel un troisième téléviseur vous mènerait, la pulsion de mort triomphante de l’humanité qui aura elle-même causé sa perte en voulant supprimer le seul paradis que nous avons : ici, maintenant, cette terre et ces gens.

Remarques

Le succès de mon précédent billet me laisse pantois. Je n'aurais jamais osé à tant de commentaires sur une version passablement historicisée d'un sujet pourtant bien attirant. Mais bon, de deux possibles une seule réalité : soit 100% de l'audimat de ce blogue est féru d'histoire, soit seul son rédacteur en voit l'intérêt. Je ne vous promets rien; cette expérience n'envisage en rien la popularité (vous noterez que je ne souscris plus au palmarès Tout le Monde en Blogue, devant mes effarants succès de 40e en tête d'affiche).
Autrement, je propose de terminer le présent message par quelques remarques toutes inutiles qui sauront mystifier les ineffables et fabuleux (fabuleuses également, bien entendu !) trottoirs menant au poste de quartier où j'irai payer une contravention titanesque de 37$ (comme quoi être poli paie, pour faire un mauvais jeu de mots). Alors voici ces non aphoristiques sentences qui définissent une césure bien mal placée dans mon esprit de grandiloquent occidental :
- Je n'ai rien contre la police, mais leur uniforme suscite la haine;
- Je n'ai rien contre les militaires, mais leurs armes nous empêchent de réellement les apprécier;
- Je n'ai rien contre les politiciens et politiciennes, mais l'inverse ne semble pas aussi vrai;
- J'apprécie les hommes et femmes d'affaires, ce sont leurs affaires qui me polluent l'existence;
- J'aime beaucoup les religieux et religieuses, mais j'apprécierais davantage qu'ils et elles fassent preuve d'intelligence;
- Je vous aime tous et toutes, mais parfois votre accord tacite à l'ordre établi rend toute alternative impossible;
- Je m'apprécie bien aussi, quand je ne me laisse pas aller aux capitalistes élans qui meublent mon existence d'objets à l'utilité questionnable.
Morale de l'histoire : Achetez plus; vivez moins !