9/19/2009

Réflexion depuis Huaraz

Du haut des 3000 kilomètres qui m'éloignent du niveau de la mer, je ne suis pas sans élans de réflexions critiques. Après une semaine passée à Lima, puis deux autres à Huaraz (eh oui, j'écris depuis les Andes !), je prends quelques minutes afin d'élaborer sur une intéressante conversation eue avec une amie. Nous étions dans le salon de l'auberge de jeunesse à laquelle nous logeons et nous sommes rencontrés. Nous discutions de divers sujets traitant d'activisme politique et de capitalisme sans bornes (mes sujets de conversation préférés, vous aurez deviné !) quand vint celui que je m'apprête à élaborer : le tourisme. Bien intéressant ce sujet, car nous fîmes pris d'intérêt pour quelque chose qui nous concernait directement.

Le noeud de la conversation tourne autour d'une question que m'avais posée cette amie : crois-tu que le tourisme est mal ? Et ma réponse inattendue d'être : le tourisme, oui; voyager, non.

Je m'explique, car avant de s'obstiner, il importe que chaque personne soit au courant de la signification des mots sur lesquels il y aura querelle. Tourisme (dictionnaire personnel, bien entendu) : c'est une industrie visant l'exploitation d'attraits naturels ou historiques à des fins lucratives; le tourisme fait en sorte de ramener une culture à sa plus vendable expression (ex : le Pérou, c'est le Machu Picchu) autour de laquelle l'industrie en question fait en sorte que les produits et services occidentaux soient accessibles à ces gens alors que les locaux s'en tiennent à leurs ruelles sombres, leurs eaux empoisonnées et de ne pouvoir accéder au restaurant huppé qui fait la fortune de quelques autres gringos ayant fait une bonne affaire. Voyager : Se déplacer de son lieu d'origine afin de connaître l'ailleurs; dans le cas qui nous concerne (les deux termes pouvant cohabiter), c'est se rapprocher des cultures différentes à la nôtre, s'ouvrir l'esprit à la différence, etc.

La conversation a changé de cap après que nous nous soyons mis d'accord sur le fait que le second terme est préférable au premier, mais qu'il est pratiquement impossible de se débarrasser du premier. Je vous laisse deviner pourquoi.

Le point de cet article, mis à part pour donner signe de vie sur ce blogue détraqué, est non pas de vouloir systématiquement mitrailler toute l'industrie touristique, qui ramènerait à faire sauter le Capitalisme au complet et plus de six siècles de colonisation et d'exploitation (ce qui utopiquement est souhaitable ;)). Il s'agit plutôt de mettre en lumière l'outrageuse facilité avec laquelle nous pouvons aller partout dans le monde, tout en restant dans le même comfort qu'à la maison (télé, sofas, bouffe stérilisée, eau embouteillée, Coca Cola et restaurants à 100$). Vous aurez aussi compris que vu qu'il m'est donné de vous écrire depuis le Pérou, Internet s'est faufillé jusque là aussi. De là, j'en viens à ce que je souhaitais souligner comme questionnement. Dans la mesure où l'Occident s'est tout approprié (à défaut d'avoir réellement pu tout créer lui-même), les merveilles technologiques de notre monde, allant de l'électricité à Internet, en passant par l'eau embouteillée, doivent nécessairement s'exporter depuis ses fastes monétaires. Ainsi, dois-je me culpabiliser en tant que blanc bec d'occidental de boire l'eau à la bouteille (afin d'éviter d'attraper de nouveau la salmonelle) et de parler à mes proches par l'intermédiaire d'Internet ?

Je n'ai pas de réponse satisfaisante. Je tente tant bien que mal de manger la bouffe locale, de faire la gueule aux agents de sécurité en mitraillette, d'éviter les supermarchés et de ne pas acheter Coke (ils ont de l'eau Coke !). Mais chaque fois que j'achète quelque chose et que j'ai l'impression subir la taxe du gringo, je ne peux m'empêcher de me dire que ce n'est qu'un juste retour des choses pour faire, involontairement, partie d'une civilisation qui oppresse hypocritement les gens qui m'entourent. Et quand les enfants (rappelez-vous, la vérité, ils savent la dire sans retenue) s'exclament : ''Gringo, gringo. ¿Mecompra caramelos ?'', j'avoue trouver la chose plutôt ironique...