11/27/2008

Plénitude incendiaire

Ça y est, c’est écrit, au vu et au su de tous et toutes, le gouvernement s’empresse d’en découdre de ses ressources, pour la postérité individuelle. Nos élu-e-s, nos chers et chères compatriotes, ont usé d’un vent de nonchalance, d’une inébranlable quête de reconnaissance, puisant dans les eaux les plus tourmentées malgré tout, un brin de contentement. Enfin dirons-nous, il nous est possible de jouir davantage du fruit laborieux de notre intellect. Car de nos mains, nous n’en obtiendrions que si peu. Ce qu’il faut, c’est la reconnaissance du cerveau, de l’idée, de la spécialité. Nous sommes uniques, et notre gouvernement nous en est reconnaissant. Nous sommes seul-e-s et uniques, en fait. Même l’infime brin communautaire se meurt dans son propre paradoxe d’être le fruit d’individuel-le-s.

Où alors aller chercher les certitudes, celles qui transforment en actions et en états, nos idéologies profondes ? L’ouest s’avère perdu d’avance : occident de tous les maux, prévôt du satanisme oublié. L’Orient s’élève. Celui-là apporte un vent de nouveauté, par la récupération des vieux systèmes. Le précédent, quant à lui, s’est effondré, et la barrière de nos cœurs nous en éloigne, nous le fait craindre.

Il faut chercher outre cette dichotomisation diront certains et certaines, trouver une nouvelle tangente. Que faire d’une nouvelle tangente, dès lors que nos sens nous dictent l’inaction, produisant une pléthore de réactions pécuniaires. Pourquoi nous lever, quand rester assis procure, en plus du loisir de la nonchalance, ce qu’il faut pour ne pas avoir à se lever ?

Où en étions-nous donc ? Oui, à ces transferts monétaires, du centre au particulier, du chef au discipliné. La discipline, celle en effet que nous inculquons à nos jeunesses. Qui veut d’un système d’éducation gratuit, lorsqu’il est justement bâti sur le principe que rien ne coûte rien ? Qui veut d’un système d’éducation de qualité, quand tout ce qui compte, c’est de trouver l’emploi, la voie, la vie. Qui voudrait, encore là, d’un système d’éducation accessible à tous, quand les jeunes honnissent par-dessus tout les bancs d’école ? Rendons les heureux et heureuses. Ils et elles veulent travailler : faisons les travailler. L’éducation est la porte d’entrée vers la société, et là-dessus, même les plus bougons s’en voient en nécessité d’acquiescer. Elle est nécessaire pour comprendre une société, de l’intérieur. Pourquoi donc réformer ce pan d’insertion, lorsqu’il convient déjà au modèle social en vigueur ?

Notre politique nationale est défaillante. Les gens ne laissent pas suffisamment la chance au coureur, qui par stress et pression, échoue souvent à parfaire son parcours. Car il s’agit en effet d’un parcours bien à lui, d’idées toutes personnelles, mais qui élevées au rang de chef, dirigent telle une étoffe gantelée de fer, l’essentiel du troupeau. Depuis l’Ancien Testament les preuves culminent pour démontrer cette nécessité d’être dirigé-e-s. Dieu l’a prouvé; le marché l’exerce, ses tenants aussi. Dieu aurait-il tort ? S’il existe, il est infaillible, s’il n’existe pas, sa non-existence n’admet pas qu’il puisse ne pas avoir raison. D’une logique socratique nous écartons de visée les intentions d’admettre qu’il y a d’autres modèles. Nous tenons au marché, nous y louons jusqu’à nos moindres sous. C’est d’un état religieux – spirituel – dont il est question, et non d’une simple question matérielle. Aucune raison ne chapeaute cet état ataraxique connu lors d’un achat. C’est le besoin, ou l’illusion d’un besoin. Désormais, ces échanges sont mondiaux, pourvus d’une volonté d’unification. Qu’y a-t-il de mieux que l’union, le consensus ? C’est l’harmonie à son paroxysme.

Ceci amène à mentionner la question internationale, plutôt de la communication internationale. Certains originaux (tous des hommes en effet) ont, il y a longtemps, élaboré une langue internationale, dépourvue des préjugés et classifications qui font d’une langue ce qu’elle est : un véhicule culturel. Eh bien camarades, ce langage, existe depuis fort longtemps. Les grands et les grandes de ce monde l’ont louangé, l’ont développé, affiné, aux besoins du temps. Je parle ici de l’argent, du marché. Seul véritable moteur d’unification et de relations internationales. Qu’en serait-il des échanges mondiaux et de la télécommunication, sans la nécessité du marché ? D’autres originaux et marginales se positionnent sur l’immoralité du marché. Mais là, ils et elles semblent oublier qu’il n’y a pas de morale à telle entité. Dieu a-t-il une morale ? Si oui, pourquoi permet-il les génocides, pour ne mentionner que ceux-ci ?

Mais nous divaguons. L’exposé présent s’avère pourvu d’une volonté multiple, et d’un enthousiasme à tout rompre. L’évolution est, au mieux, un mal nécessaire, et toute révolution, un mal absolu. Du moins, c’est ce qu’en pensent nos dirigeants et nos dirigeantes, élu-e-s par nous, pour leurs idées. Simple effet corollaire : nous pensons comme eux sur la majorité des points. Les élu-e-s sont une prolongation de nos êtres, une fusion des volontés communes en un point. Ces individus ne représentent-ils pas l’ensemble de la société ? De ce simple fait, ils et elles en sont une somme, un produit, l’effet d’une équation. Plus qu’un simple pourcentage, ce sont d’idées qu’il s’agit. Si le chef le veut, c’est donc parce que nous le voulons. N’est-ce pas ?

Le monde approche l’état de plénitude à grands pas. Mais c’est d’un incendie qu’il s’agit, d’une destruction. Complète dans son essence, à coûts élevés. L’apex climatique est proche, et celui de l’espèce également. Le feu est. Mais tout bon incendiaire sait qu’il est maniable. La question est donc la suivante : où dirigerons-nous l’incendie ? Frapperons-nous les grands de ce monde, en plein coït monétaire, ou la planète elle-même ? C’est un appel clair à l’anarchie, au chaos et la désolation. Pris seul, un individuel (qu’il soit homme ou femme) peine à se départir de son confort, de sa nonchalance. Regroupé, le même individu parvient à beaucoup pour le simple fait qu’il n’est plus isolé. Le matériel offre une protection, un confort que seules les relations sociales peuvent égaler, voire dépasser.

Le feu est. C’est à nous de décider de quoi il brûlera. Il est interdit de ne pas se salir les mains. Même l’inaction apporte son lot de taches. Depuis quand acceptons-nous d’être dirigé-e-s ? Depuis quand ose-t-on clamer «liberté !», alors que nous acceptons de nous soumettre ? Pourquoi acceptons-nous cet état d’inféodation fécale ? Pour le bien commun ? Soyez moins hypocrites, je vous en prie. Depuis quand le bien commun nécessite-t-il de privilégier certains et certaines plutôt que tous et toutes ? Si pour vous le bien commun nécessite ces structures, c’est qu’il rime avec inégalité, et c’est là le cœur de l’illogisme. L’humain est-il naturellement porté à autant vouloir détruire son prochain ? Au point où il faille donner à des gens un pouvoir permanent, absolu ?

Toutes ces questions vous donnent mal à la tête ? Tant mieux. C’est que vous vous posez des questions. À qui désire une existence éclairée se doit d’accepter de souffrir un peu dans le meilleur des mondes. Mais celui que nous foulons est vil et servile... Se contraindre, ne pas questionner, et accepter. Obéir. Ce sont là les principaux éléments qui détruisent la volonté humaine, l’amène à l’état d’âme errante d’un sofa au téléviseur.

11/24/2008

«Police partout; justice nulle part»

La manifestation du 24 novembre devant l'hôtel de ville est un succès... Ou plutôt a succédé dans la démonstration empirique que l'État, quel qu'il soit, méprise la démocratie qu'il dit respecter, et que les policiers et policières sont sujettes à une justice différente, plus permissive, que le reste de la population.
Une trentaine d'individus se sont réuni-e-s pour réclamer une enquête non policière sur le meurtre de Freddy Villanueva, tué par un policier du SPVM il y a quelques mois. Les gens présents réclamaient aussi des réformes sociales, qui selon eux, elles et moi aussi, serait davantage positif pour la diminution de la criminalité qu'une répression policière accrue. D'ailleurs, à mon grand étonnement (lire toute l'ironie du mot), il y avait dix-sept voitures de police (des fourgonettes en majorité) derrière l'hôtel de ville, et ce nombre a pendant un certain temps, dépassé le nombre de manifestants et de manifestantes.
Fait intéressant à noter : tous ces véhicules demeuraient sur place, moteur roulant (il fait froid à rester sur place en hiver !). Curieusement, les policiers présents et policières présentes n'étaient pas très motivé-e-s quant à la distribution de contraventions à leurs collègues (un règlement municipal interdit de laisser rouler son moteur en sur place pour plus que quelques minutes (deux, je crois)).
Tandis que nous militions pour davantage de justice à l'extérieur, les gens présents au conseil de ville ont jugé préférable de s'assiéger par les chaînes, empêchant ainsi des citoyens mécontents et citoyennes mécontentes de pouvoir énoncer leurs vues en toute démocratie. Fait d'autant plus intéressant que toute question du public posée aux élu-e-s municipaux nécessite d'abord de prendre un numéro, puis d'aller la rédiger à une heure précise (18h30), pour qu'elle soit ensuite soumise à une batterie de critères jugeant de sa légitimité.
Cette soirée fut pleine de rebondissements, malgré l'étrange manque d'enthousiasme de la part des forces de l'ordre pour sortir leurs matraques : ils n'ont pas lésiné à nous poussé sur le trottoir, car heureusement, ils veillent malgré tout à notre sécurité personnelle.

11/23/2008

Diatribe défécatoire

Quand hier porte encore les élans de demain, et qu’aujourd’hui se retrouve dans le marasme, il est parfois d’une nécessaire logique de reprendre certains éléments du passé, de les affiner et de les remettre sous les yeux des vaincus. Dans cette optique déconstructive à souhait, un indigent impoli mais pertinent individu a déclaré : «c’est d’une certitude absolue que les ondes des micros-machines donnent le cancer : celui de l’inaction, du crétinisme enculatoire.»

Certains et certaines d’entre vous ont déjà vu cette phrase, d’autre l’ont lue, et un nombre encore plus restreint l’a peut-être comprise. J’avoue devant la plus grande apathie de tous et de toutes que l’auteur de cette mémorable invective est le même de ce que vos yeux, peut-être agrandis de colère, captent présentement. À l’époque où furent écrites et publiées les lignes qui accompagnent cette déclaration, j’osais encore retenir mon désarroi total devant vos incessantes diatribes autoprogrammées qui forment votre sens le plus profond et le plus étroit d’un vous-même en perte de conscience, mais désormais, je devrai me borner à réitérer mon droit à l’emmerdement. Ce qui suit se veut violent, et bien que personne ne sera ici nommé-e, plusieurs pourraient se sentir concerné-e-s.

Pourquoi étudiez-vous à l’université ? Quels sont vos projets futurs et surtout, pourquoi l’histoire en particulier (le questionnement est sincère) ? J’ai cru, probablement à tort, déceler, dans le principe intellectuel des études que nous suivons, un certain penchant pour le regard critique, pour la remise en question de ce qui est, afin d’en vérifier la légitimité. Il n’en est rien. Vous qui assouvissez vos penchants sociaux, qu’ils soient éthyliques ou portés sur l’action, comment concevez-vous le rôle intellectuel que pourraient jouer vos apprentissages ?

Étudier à l’université n’est pas un parcours vertical menant à la fenêtre de votre future tour d’ivoire. S’asseoir sur les bancs d’école ne sert pas qu’à amasser des connaissances dans un but purement égocentrique.

Intellectualiser n’est pas se croire meilleur-e que d’autres. C’est se questionner, seul-e(s) et en groupe, sur ce qui est, ce qui n’est plus et ce qui pourrait être. C’est naviguer en élans divergents autant dans l’espace temporel que la sphère physique. Il me semble que vous vous contentez de vous fixer un cap prédestiné, tracé et emprunté par nos prédécesseur-e-s, sans même observer les éléments les plus essentiels de la navigation, alors que tout au long du parcours vos regards demeurent vides, miroitant l’avenue de néons que vous longez.

Assis dans vos salons, bière à la main, écoutant vos sportives tribunes d’indigent-e-s, vous ne faites pas que jouir d’un droit à la liberté tout à fait légitime, vous supprimez aussi l’essentialité de la vie en société. En termes de redevances monétaires, qui s’effritent inlassablement, vous établissez là ce que vous croyez être votre devoir social. Il ne vous viendrait pas à l’esprit que la politique va plus loin qu’un débat de chefferies interchangeables, ou qu’un asservissement volontaire à répéter aux quatre ans ? La connaissance de l’absolue incertitude socratique, l’énoncé de libre conscience sartrien de la condamnation humaine, la rationnelle pensée que tout moyen doit nécessairement être en même temps une fin en soi, et toutes ces autres réflexions accumulées par le temps que nous effleurons à grand peine, assis et assises devant de fausse idoles, sont des produits de la pensée humaine, mais elles ne sont rien si l’on arrête de penser et d’agir en cohérence de cause.

Si je me bats pour la gratuité scolaire, par exemple, ce n’est pas parce que je désire faire tressauter vos systèmes lymphatiques au sein de cette desmauxcratie d’assemblée, mais pour déconstruire le principe inique selon lequel l’objectif final de l’éducation est celui d’aller y chercher un produit au mieux de ses capacités, puis de s’en aller. L’action d’étudier va plus loin qu’une commande à l’auto; et notre redevance sociale en tant qu’étudiants et étudiantes va plus loin que le paiement de frais de scolarité. Nous ne sommes pas à l’université pour devenir les dirigeants et les dirigeantes de demain, mais pour questionner les faits et gestes de ceux et celles qui dirigent aujourd’hui nos vies et nos consciences jusque dans les détails les plus intimes.

À votre apathie teintée de cynisme j’oppose sans vergogne mes propres élans pessimistes vis-à-vis de votre aptitude à comprendre que le lieu universitaire ne se résume pas à une cafétéria où l’on se contente de payer, de se remplir momentanément puis de repartir dans la crédulité la plus totale et l’espoir le plus imbécile que ce qui nous a été servi est comestible.

Pour conclure, je me permettrai un dernier élan de cynisme. Malgré tout l’optimisme des lignes précédentes, je ne peux que m’admettre que vous lirez cette invective avec la même nonchalance que lorsque vous vous torchez, et que conséquemment, votre apathie l’emportera. Néanmoins, je vous enjoins scrupuleusement à user de la méthode scientifique, et de répéter l’acte jusqu’à ce vous compreniez enfin pourquoi j’ose vous insulter aussi injustement.