12/08/2008

Bulletin de vote d'un citoyen libre

Comme tout citoyen ou toute citoyenne du Québec, je suis appelé à aller voter aujourd'hui. Pour ma part, je n’irai pas. Non seulement je considère ne pas être représenté par aucun des différents partis politiques, mais je n’ai pas l’impression que le système politique représentatif et parlementaire respecte davantage mes vues. En prenant parole ici, je ne représente aucun groupe social ni aucun archétype représentatif. Je ne suis pas nationaliste, ni fédéraliste, ni à gauche, ni à droite[1]. Je suis citoyen de la nation québécoise.

Ce qui suit est mon bulletin de vote.


Un peu partout on pousse les québécois et les québécoises à aller voter car, semble-t-il, il s’agit de notre devoir de citoyen. Une première erreur de notre système politique est d’avoir passé de l’usage véritable de droit de voter à celui plus contraignant de devoir de voter. Si nous avions la seconde option comme principe électoral, il y aurait des amendes pour les gens qui ne se présentent pas aux élections. Il y a de bonnes raisons pour défendre le principe du droit de voter plutôt que l’autre. D’abord, aller voter signifie également que l’on a droit de ne pas aller voter. Les différentes chartes qui accordent nos statuts de citoyens et de citoyennes s’accordent pour dire que toute personne à droit au respect de ses libertés politiques. Forcer les gens à trouver preneur parmi les partis politiques, c’est obliger les gens à choisir pour le moins pire, ce qui signifie un manque de respect à ces libertés fondamentales. De plus, en lisant sur le site du Directeur Général des élections et en passant en revue la Loi électorale, il n’est nulle part mention d’un devoir de voter. La Loi est claire : les gens exercent un droit de vote, librement et sans contrainte. Ce n’est que devant sa perte de popularité que le système électoral riposte par une campagne de désinformation massive, en appelant à notre devoir de citoyen, de citoyenne.

On pourrait argumenter qu’il est toujours possible d’annuler son vote. Cette situation implique de se présenter et de donner sa présence, d’aller à l’urne et de remplir son bulletin d’une autre façon que par le X unique demandé. Les bulletins annulés sont placés dans une enveloppe spécifique, mais la Loi électorale ne mentionne rien sur leur compilation[2]. Bref, les participants et participantes sont compté-e-s, mais vu qu’il n’y à pas de catégorie ‘annulation de vote’, agir comme tel n’aboutit à rien.


Le parti au présentement au pouvoir agit par hypocrisie. Il a décidé une augmentation des frais de scolarité du milieu universitaire après avoir reçu entre les mains un document prouvant qu’un tel scénario réduirait l’accessibilité en éducation. La ministre Courchesne avait ce document entre les mains lors de la prise de décision, et étrangement, ce document n’a paru public que quelques mois après, une fois entamée la première phase d’augmentation à l’automne 2007.

Mais ce n’est pas tout. Cet argent de plus, où va-t-il ? Non seulement le gouvernement donne son accord pour que les universités augmentent leurs frais de scolarité, mais aucun engagement clair n’est pris pour que ces fonds soient véritablement investis dans une augmentation de la qualité d’enseignement. La Faculté Arts et Sciences de l’Université de Montréal impose un budget de coupes à ses départements. Sur dix ans, le département d’histoire, dans lequel j’étudie, perdra la moitié de son budget. En linguistique, le programme de baccalauréat a été supprimé. Ce sont là deux exemples qui témoignent d’un fait indéniable et pourtant dénoncé : chaque augmentation des frais de scolarité a été accompagnée d’une réduction de l’engagement de l’État dans le domaine de l’éducation.


Quatre des cinq principaux partis acceptent cette augmentation des frais de scolarité. L’ADQ souhaite même une plus grande augmentation. Le PQ se dit en faveur d’un impôt post-universitaire, permettant aux gens qui le souhaiteraient de payer leurs frais après leurs études. Néanmoins, Mme Marois s’est positionnée en faveur d’un dégel des frais de scolarité dès sa nomination[3]. En effet, le coût serait reporté à un moment supposément plus favorable, mais la facture s’annonce salée. Le seul parti politique véritablement concerné est Québec solidaire, qui revendique la prise en charge par l’État du paiement des frais de scolarité et une gestion universitaire exempte du privé.


Mais l’exemple de l’éducation ne doit pas cacher le véritable problème. Le système politique est devenu un marché. On y vend des idées et des images. Les publicités électorales qui polluent nos rues le prouvent : une photo couleur, le nom du produit, un visage bien cadré et un slogan qui se veut accrocheur. Mme Marois en salvatrice, les yeux vers l’infini devant un ciel bleuté. M. Charest, concret, les mains liées et le sourire le plus franc qu’il peut l’avoir. M. Dumont, en grand format à la sortie des métros, se veut sympathique. Cette publicisation du système électorale est tellement évidente qu’elle est acceptée. Ce système est celui qui décide de l’orientation de notre nation, et nous acceptons qu’il joue un jeu de vente au détail !


À quelques heures du résultat, je ne peux qu’en appeler à ce que mes concitoyens et concitoyennes fassent un choix éclairé. Ce ne sont pas les promesses électorales qu’il faut écouter. Il faut lire les programmes des partis politiques (souvent volontairement flous et complexes pour éviter que l’on s’y penche trop, comme le budget !), ce sont eux qui définissent ce qu’un parti revendique véritablement. Il faut aussi ne pas oublier qu’une société n’est pas qu’un regroupement d’individus. Si nous souhaitons y vivre, il me semble nécessaire d’œuvrer ensemble et non séparément.

Votons intelligemment; ne votons pas du tout !

Steve Lamarche

Citoyen du Québec



[1] L’étiquetage politique est dangereux. On a tendance à caractériser des groupes et des gens en fonction d’un axe gauche-droite. Non seulement une telle caractéristique est réductrice et péjorative, mais chaque personne en a sa définition différente.

[2] Voir la Loi électorale au lien suivant : http://www.electionsquebec.qc.ca/fr/pdf/publications/loi_elec_fr.pdf. Plus précisément, les articles 360 à 370.12 concernent le dépouillement des votes.

[3] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2007/05/15/004-pq-marois-degel.shtml

12/07/2008

Heil ! La grande-chancelière rend sa décision.


Le gouvernement de Stephen Harper est maintenu. Dans son haut moment de gloire, notre leader national a enfin montré ses allégeances politiques.
Heureux de sa victoire démocratique, M. Harper en est allé d'un Heil ! digne des plus grands officiers du troisième Reich.
Je considère que cette victoire est d'autant plus légitime qu'elle témoigne d'un usage supplémentaire du symbole de la démocratie à des usages qui lui sont totalement aliénés. Il est en effet plus démocratique pour un gouvernement de se plier à une décision royale...
Bien entendu que seulement 8M de canadiens et de canadiennes ont voté pour les différents partis de la coalition. Faut dire qu'un gouvernement minoritaire ayant eu 5M de voix l'est davantage...

Sur ce sujet, je vous encourage vivement à visiter le blogue majorité silencieuse, qui se revendique des plus beaux principes nationaux qui soit. L'image leur appartient d'ailleurs, mais ne leur dites pas qu'elle a été volée. Ces gens semblent bien concerné-e-s avec la propriété privée...

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Dans le même ordre d'idées, M. Charest se fait-il encore attaquer sur le principe de : «les libéraux ont manqué de sens démocratique; personne ne veut d'élections en ce moment». Moi j'ai bien l'impression que les partisans et partisanes des libéraux en voulaient des élections. 45% dans les sondages, c'est quatre ans de plus à notre belle démocratie !