1/28/2010

l'indésirable

Le travail est pour moi une chose indésirable. La différence entre possession des moyens de production et du capital créé comme contradiction que les producteurs et productrices bénéficient moins de leur propre travail que celui ou celle qui les emploie. Les différences salariales sont fondées sur des valeurs arbitraires (racisme, sexisme, meilleure compréhension du système, etc.). La hiérarchisation des relations humaines au détriment de l’échange d’égal à égal fait en sorte de renforcer les sentiments de puissance et d’infériorité. Pour ces raisons et pour bien d’autres, le travail m’apparaît davantage comme une source d’abrutissement qu’un moyen d’épanouissement, personnel comme collectif. Le seul épanouissement dont on fait rêver les masses est celui d’une minorité de médiocres gens qui dirigent ou qui possèdent (parfois les deux en même temps).

Plus les modèles d’épanouissement par le travail brillent haut, plus le sol d’où on les admire est bas. Ce que répand le système capitaliste n’est donc pas une réalité où les gens, massivement prospèrent, mais plutôt un endoctrinement à l’acharnement non thérapeutique pour les dépossédéEs qui rêvent de réussir comme les Grands et les Grandes pour qui le travail est derrière. Droit devant se trouve la vie. Et rien n’est plus saisissant que d’observer les chantres de la classe moyenne se tuer à l’ouvrage, décuplant les heures supplémentaires, pour le loisir de posséder autant que l’élite, pour le loisir de se vêtir de pourpre et d’indigo.

On nous apprend que pour bien vivre en société, il faut être autonome et travailler. Mais, qu’est-ce que travailler ? C’est pratiquer une activité qu’autrui considère suffisamment profitable pour nous donner de l’argent. Ainsi, on peut être professeurE au service de l’État, et la société nous versera un salaire en échange de notre temps et de nos efforts pour l’éducation des enfants. Il est également possible d’être artisan, s’étant fait un nom afin de vendre le produit de son travail à quiconque en voudra. Il s’agit d’emplois au sens courant du terme. Au summum des valeurs capitalistes, l’emploi est donc considéré comme étant la part de chacun dans la société, rémunérée selon diverses lois (le salaire minimum) et principes (l’offre et la demande).

Il est indéniable que pour vivre, certaines tâches doivent être effectuées. Mais le pari de cet article et de son auteur est de démontrer qu’au-delà de bien brèves, mais essentielles, tâches, le plus clair du temps de chacun et de chacune pourrait être dédié à sa volonté propre au lieu d’appartenir à système abrutissant. Ces tâches sont celles que l’on associe directement à la survie : apport en nourriture, logement, hygiène et vêtements (Henry David Thoreau est également de cet avis, paraît-il).

En vivant en groupe, d’autres tâches peuvent s’ajouter, liées à la coordination et l’organisation des membres de la société, ainsi que le développement de moyens de communication et de transmission de l’information. De cette seconde catégorie, rien n’est nécessaire à la survie. L’ajout de ces tâches part du constat que pour vivre à plusieurs, des outils sont nécessaires pour assurer le respect de chaque personne, par la communication et la considération égalitaire. Ne rejettant pas la civilisation et la technologie tant qu’elles sont au service des humains, on s’aperçoit qu’il est faisable (et souhaitable !) de tout mettre en œuvre pour que la cohésion sociale soit facilitée sans excès de bureaucratie, et surtout, sans hiérarchie.

Les pays d’Occident sont viciés par le travail qui torture sans relâche de populations endoctrinées par la négation du corps et entraînées à une voracité autodestructrice. Tout n’est pas mal, sauf qu’il y a trop peu de gens qui soient en mesure de profiter de temps libres, de créer et de s’instruire. La part de chacun, telle que l’établie l’idéologie capitaliste, c’est que des agricultrices ont entre leurs mains la survie de tout le monde alors que les artistes peintres n’y ont aucun impact, que la spéculatrice à la bourse gagne davantage qu’une ouvrière alors que l’utilité de la première soit nulle. Parmi les emplois qu’il est possible d’occuper, on identifie des tâche qui sont au fondement même du fonctionnement social. Sans les travailleurs et travailleuses de la construction, pas de maison. Sans leurs patrons et patronnes, la liberté collective !

Cette critique ne vise pas à cracher sur les artistes, penseurEs et autres improductifs ou improductives de ce genre. Je considère au contraire que ce qu’ils et elles créent est nécessaire, dans une autre mesure. L’être humain se différencie des autres espèces animales par cette aptitude à l’abstraction et la création (J’emprunte cette idée à un ami). Mettre en lumière l’improductivité de ces emplois cherche à souligner que le plus grand nombre devrait être en mesure de profiter du savoir et de la création. Taxer de tels gens d’improductifs affirme un désir de souligner l’importance de l’improductivité dans une société. C’est dire : il y a des tâches qui sont nécessaires, qu’elles soient partagées le plus égalitairement possible afin de maximiser les temps libres de chacun et de chacune et que ce temps libre serve à la création, aux savoirs et aux loisirs ! Là est, à mon sens, la véritable émancipation, le véritable épanouissement.

1/17/2010

Comment brûler deux fois avec la même alumette ?

J'ai commencé à lire The Shock Doctrine dès mon retour au pays, le lendemain de Nöel, complétant une promesse faite à un ami. Plus j'avançais la lecture, plus mon désarroi face au capitalisme se généralisait à l'humanité en général. Dans un style polémique qui souvent use d'images choc pour convaincre le lecteur ou la lectrice, Naomi Klein retrace l'implantation du néolibéralisme au moyen d'une doctrine du choc.

Cette méthode particulière vise à se servir d'une catastrophe nationale, qu'elle soit naturelle ou humaine, afin de profiter que la population soit préoccupée à autre chose qu'aux affaires politiques afin de faire passer diverses réformes annulant l'intervention de l'État. Ainsi, les entreprises étrangères peuvent s'installer sans problèmes, les syndicats deviennent illégaux et les richesses du pays se concentrent entre peu de mains, souvent étrangères. Klein débute son exposé en parlant du 11 septembre 1973, jour fatidique où le démocratiquement élu Salvador Allende, un socialiste, est victime d'un coup d'État par le général Pinochet. Or, ce fameux général était un grand ami de Milton Friedman, un des chantres du néolibéralisme à l'Américaine. Et le Chili, qui ne se débrouillait pas trop mal, a vu la pauvreté se répandre tel le H1N1 dans les médias.

Si vous désirez en savoir plus sur les thèses du livre de Klein, lisez-le. Je vous le recommande. Tout l'exposé me semble pertinent, car à chaque chapitre, on découvre de nouvelles raisons de détester le capitalisme.

Les choses auraient pu s'arrêter là (autant pour la rédaction de ce billet que pour la doctrine des capitalistes aux méthodes bien peu cavalières), mais il a fallu qu'Haïti soit victime d'un séisme. L'aide internationale s'est mobilisée, et même Madonna a signé quelques chèques. La stratégie médiatique est telle que personne ne peut ne pas savoir qu'Haïti est sans dessus-dessous depuis environ une semaine. Ce que bien peu savent, toutefois, c'est qu'encore une fois, les Grands de ce monde profiteront de l'occasion pour mettre le feu et la hache (comme si un séisme ne suffisait pas !) dans l'interventionisme de l'État haïtien. J'ose espérer, que les millions de billets verts envoyés en support par différents organismes d'aide internationale n'aboutiront pas à servir de financement aux nouvelles installations des Hilton, Mc Donald's et autres grosses patentes inflammables de ce monde. Encore une fois, dirait Klein, la doctrine du choc frappe là où elle peut implanter davantage de son économie de marché sans régulations.

À ce titre, voici une vidéo (merci à Normand Baillargeon pour l'avoir mise sur son blogue) dans laquelle Klein explique que la Heritage Foundation, un think tank important aux États-Unis, a déjà de beaux projets pour la reconstruction d'Haïti. Je vous invite également à lire ce billet, trouvé sur le blogue de Heritage Foundation.

Ce qu'il s'est passé avec Haïti est une horreur. Toutefois, une autre horreur est en train de s'installer, et c'est davantage d'interventionisme au nom d'une idéologie de puristes qui ne croient pas en l'intervention de l'État. Laisserons-nous ces imberbes personnages aux contradictions époustouflantes voler tout l'or des Antilles et achever le travail des colonialistes et esclavagistes des siècles derniers ? J'avoue, pour l'instant, ne pas avoir mieux à faire que diffuser le message, d'en parler.

1/04/2010

Réflexions sur l'anarchisme IV

J’étais assis sur un banc du Jardin Japonais de Buenos Aires et me sentais plus que jamais en vacances. Le ciel était presque sans nuages et laissait briller le soleil dans toute sa splendeur de début d’après-midi. À l’ombre d’un des arbres d’une des presqu’îles du site, je trouvais que cette sensation était assez représentative de mon séjour dans la capitale fédérale d’Argentine. Ce sentiment d’être en vacances, c’est cet état de fainéantise légère accompagnée de découvertes de nouveaux lieux, sous une température propice à passer la journée dehors. C’est le maté que je buvais en alternance avec mon compagnon de voyage où je prenais le temps d’écrire quelques lignes alors qu’il profitait de la pause pour socialiser avec des jeunes femmes qui passaient par là.

Ces conditions idylliques me remirent en mémoire mes premières expériences de voyage, quand je partais environ deux semaines par année avec mes parents et mes frères dans l’Est canadien avec une voiture pour cinq, les effets personnels de chacun et tout le matériel nécessaire pour camper. Nous alternions visite et repos afin d’avoir le meilleur de notre courte période de vacances en famille, généralement à la fin de l’été car il y avait moins de gens en vacances et que c’était généralement à cette période que mes parents pouvaient prendre leurs vacances annuelles. Cet après-midi-là, à Buenos Aires, ressemblait beaucoup aux journées typiques de ces moments privilégiés en famille. Bien entendu, je n’écrivais pas encore à l’époque, mais plus d’un après-midi ensoleillé fut passé sur la plage ou l’herbe, à lire et apprécier toute la douceur de la vie. Je crois que s’il y a une explication à mon dédain du travail, c’est dans ces moments de paresse où la jouissance était sans douleur.

Ce n’est pas que je crache sur l’effort, mais que (1) j’ai mit beaucoup d’années à en comprendre l’intérêt (et encore, lorsqu’il est pertinent) et (2) je n’ai jamais réussi à me convaincre que le travail était plus intéressant que le loisir. Mon anarchisme puise son énergie dans cet état d’esprit paresseux et attiré vers les loisirs que je découvrais un peu plus à chaque été. Pas dans un constat permanent d’injustice, dans une colère profonde contre l’autorité, dans des conflits non résolus avec des parents ne me laissant aucune liberté, ou même dans une volonté de vouloir imposer ma vision du monde cachant au fond un désir de puissance. Non, dans aucun de ces motifs, qui existent tout de même à l’intérieur de mon être, ne se trouve mon réel désir d’anarchie. Je ne suis pas un révolté, et je ne proteste que lorsque mon existence est menacée et atteinte, ou lorsque j’ai envie de chier sur quelqu’un ou quelque chose.

Certes, depuis que je me suis pour la première fois intéressé au communisme et au christianisme (en alternance et à peu près simultanément), j’ai élaboré un certain esprit m’amenant à critiquer l’ordre établi, souhaiter des changements dans la société et même remettre en question l’autorité, tout de même assez relâchée, de mes parents. Le tout, dans une sorte d’ouverture à la solidarité humaine, car j’ai toujours été assez chanceux pour ne pas trop subir les injustices. M’a également traversé, et me traverse encore, un désir de voir l’humanité changer selon mes vœux, selon ce que je considère meilleur pour la vie des hommes et des femmes qui partagent mon destin. Je crois que même dans l’anarchisme, il y a une volonté de puissance, simplement qu’en étant conscients et consciente de celle-ci, les anars parviennent généralement à la canaliser de manière plus constructive et moins autoritaire. Donc, ces motifs mineurs que sont la révolte, la solidarité et l’instinct de puissance font tous partie de la définition du moi libertaire. Mais je dois être sincère et avouer la nature individualiste de mon désir anarchiste : continuer à bénéficier des longs temps libres qui ont composé ma jeunesse; travailler le moins possible et le plus directement pour mon bénéfice personnel. Car mon approche libertaire est davantage celle de Stirner que celle de Bakounine, bien que je ne sois ni stirnerien ni bakouninien.

N’étant pas révolutionnaire, je pense mon activisme davantage en actions individuelles et en désirs personnels. C’est aussi pourquoi le courant post-anarchiste et le concept de micro-résistance m’attirent autant. Je planifie une révolution personnelle, une évolution tendant vers un meilleur respect de moi-même, d’autrui et de l’environnement. Je ne renie pas les mouvements de masse, mais si j’y participe, c’est de manière ponctuelle et de mon propre chef, parce que je me sens soulevé ou concerné par la cause. Mon besoin de me fondre dans la masse n’est que sporadique, même si le reste du temps je ne ressens pas non plus le besoin d’étaler ma personnalité au grand jour. Il y a donc une partie importante de mes intentions évolutionnaires qui soit motivée par un idéal éthique individuel, un objectif de perfectionnement.

En même temps, je ne peux nier mon idéal social voulant que tous et toutes puissent bénéficier du maximum de temps libres. À ce niveau, je me revendique un peu plus de l’héritage de Kropotkine, qui est un des rares anarchistes dont j’adhère à la pensée en très grande partie. Outre la philosophie morale de cet homme, j’ai tout de même mes propres idées de l’anarchisme, mêlées à une approche maintenant assez empirique. Plus précisément, je veux d’un monde plus solidaire et moins autoritaire, qui met davantage l’emphase sur le réel et qui place l’humain au-dessus de toute abstraction, aussi anarchiste puisse-t-elle être.

Pour résumer, mon anarchisme doit beaucoup à mon amour du temps libre et mon dédain du travail. Il est sollicité par un désir égoïste de ne mettre de l’effort que pour ce qui en vaut réellement la peine et d’augmenter la somme des plaisirs. Ainsi, faire plus d’argent que ce qui est requis pour assurer sa survie ne m’intéresse pas. L’idéal serait même de ne pas faire un seul dollar, pour ne jamais rien acheter. Une fois que le “travail” a permis l’obtention des ressources vitales (nourriture, logement, minimum de confort), il doit rester le plus de temps possible pour le “pur plaisir d’exister” (je dois cette expression à Michel Onfray). Et enfin, l’approche libertaire individualiste qui me caractérise n’occulte pas toute solidarité, bien que j’exclue assez facilement les modèles de masse révolutionnaires.