4/01/2010

l'anti-budget

Après de nombreuses baisses d’impôts, autant aux entreprises qu’aux particuliers, le gouvernement libéral nous présente un budget d’économie en déficit... Ce genre de politique où un certain groupe sort gagnant d’avoir créé le problème et d’être chargé de le régler est aussi répréhensible que les cas documentés par Naomi Klein où une même compagnie américaine avait d’abord été engagée pour envoyer des mercenaires faire le ménage au Moyen-Orient tout en bénéficiant ensuite d’un lucratif contrat de reconstruction payé par le gouvernement fédéral américain. On détruit d’un côté pour reconstruire de l’autre. Pire : on est payé par les fonds publics pour le faire.

Quand on fait un budget personnel et qu’on se retrouve avec moins d’argent, on ne se prive pas d’aller voir son médecin ou de manger, on laisse tomber les gros achats, les sorties au ciné et les soupers au resto. Bref, on coupe dans le superflu pour préserver l’essentiel. C’est d’ailleurs l’argument qu’utilisaient les tenants et tenantes du dégel des frais de scolarité que vivent actuellement les étudiants et étudiantes : «3$ de moins par semaine, c’est seulement une bière de moins»*. Or, les libéraux tentent de nous faire croire que l’essentiel, c’est la richesse des plus riches, et que le superflu, ce sont les services publics (santé, éducation, électricité, etc.). Ces tyrants du marché qui aiment soi-disant la liberté n’aiment que la leur et méprisent celle des autres. Si les élites politiques et économiques faisaient réellement preuve de bonne foi, ils couperaient dans leurs salaires au lieu d’effectuer un gel symbolique pour deux ans. Les dirigeants et dirigeantes d’entreprises, les chefs politiques et députés, les recteurs, retrices, doyens et doyennes, tous ces gens gagnent des salaires astronomiques et se permettent des augmentations fréquentes depuis longtemps déjà lors que les salaires de la majorité ne suivent même pas l’inflation.

L’appareil étatique qui maintient en place un certain tissu social fout le camp parce que ceux et celles qui prennent les décisions sont rémunérées pour jouer à la roulette russe avec ce qui assure à peine les besoins élémentaires de plusieurs. C’est le salaire de ces agents de mort qu’il faut couper, et non celui des infirmiers et infirmières, des professeur·e·s, de la population en général qui va s’appauvrissant. D’ailleurs, il est intéressant de constater dans ce budget (comme dans tous les autres) que le corps policier ne subit aucune restriction budgétaire directe. En effet, les élites ne touchent pas aux forces de l’ordre, ils en ont besoin pour jouir en paix pendant que la populace fouille les poubelles, mendie dans les rues et crie sa colère devant les rangées barricadées de flics armé·e·s.

Les tenants et tenantes de ce budget sont bien évidemment ceux et celles qui en profiteront le plus. Il faut cesser de croire que les politiciens et leurs intérêts personnels soient soumis à un quelconque bien public. Ce qui fait qu’un politicien est bon, c’est quand il nous fait croire que son bien est également le nôtre. Ne nous laissons pas duper !

Vivre, enseigne Épicure à Ménécée, c’est essentiellement être, en comblant ses besoins naturels et nécessaires d’abord, ceux qui sont naturels et non nécessaires ensuite, et en laissant tomber autant que possible ce qui n’est ni naturel, ni nécessaire. Les élites politiques et économiques ne sont pas épicuriennes, on l’aura deviné depuis longtemps. Mais peut-être devraient-elles réfléchir à ce qu’a dit le philosophe du jardin quand viennent les temps durs.

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Environ dix mille personnes ont marché et scandé tranquillement dans les rues du centre-ville de Montréal aujourd’hui. Des gens issus de différents groupes sociaux et communautaires ont fait valoir qu’ils et elles aussi existaient et que sans eux et elles, les riches auraient les poches un peu moins pleines. La leçon qu’il faut tirer, c’est que nous sommes encore capables de nous mobiliser. Le seul hic, comme l’avait mentionné l’Agitateur sur son blogue, c’est que nous rentrions chez nous et laissions aller les choses peu importe le résultat. Au contraire, peu importe le résultat, il faut continuer à se tenir debout ! 1